2013_11_09a

Au sol, un grand carré tracé en scotch blanc délimitant la scène. Sur les bords intérieurs, deux gros fauteuils, quelques chaises, un tabouret haut et un petit guéridon. Dans le fond, un écran de projection. Sur les côtés et sur le devant, des estrades. Dessus le public. Dans le carré, les acteurs au nombre de quatre. Deux gars, deux filles, seize possibilités pour jouer douze rôles ou remplacer quatre-vingt personnes, en tout, nécessaires au déroulement des représentations au temps de Molière. Voilà ce que nous explique Pierre Caneyrie, acteur et metteur en scène de cette énième adaptation de la dernière pièce du célèbre auteur. Quatre-vingt personnes mais ça paraît énorme ! Oui mais le déroulement des spectacles était un peu différent par rapport à ce que nous connaissons aujourd'hui. Déjà, la disposition du public : autour de la scène qui n'était autre que le terrain des jeux de paumes (d'où le carré en scotch blanc), et puis les entractes animés par des danseurs accompagnés par des musiciens, le tout faisant que les représentations duraient plus de quatre heures... Voilà pour la minute culturelle. On peut commencer ?

Le duo féminin entame le scénario, le livre de poche à la main. En parallèle, le duo masculin s'échine à nous expliquer les différences de langage entre hier et aujourd'hui : apothicaire, limon, vents, humeurs, julep hépatique, sols, livres etc. au fil de la lecture. C'est sympa mais ça devient vite le bordel. Fin de la scène 1. Ouf ! La suite prend un autre virage en enchaînant les rôles à tour de rôle en changeant de T-shirt où est inscrit le nom des personnages incarnés histoire qu'on s'y retrouve. Pas de costumes d'époque non plus donc. Tout ça est épuré comme le décor mais nuit nullement à la qualité du spectacle puisque le public se concentre sur le jeu des acteurs qui ne peuvent pas se permettre de se louper. D'ailleurs, ils prennent le public à témoin, l'entraînent malgré lui dans la farce, l'utilisent à bon escient pour les besoins de la pièce comme cette petite dame qui s'est vue transformer en assistante médicale sans rien avoir demandé. LOL. Comme si ça ne suffisait pas de dépoussiérer la pièce en l'ancrant dans le XXIème siècle en le dépouillant de fanfreluches, ils poussent le bouchon jusqu'à ajouter leur patte dans le texte. Et c'est comme ça que l'anglais fait son apparition dans les répliques de Molière et que les paroles de Richard Dewitte avec son "J'ai encore rêvé d'elle" viennent ponctuer la déclaration d'amour de Cléante à Angélique. Et ça fonctionne ! Si le spectateur peut s'interroger quelques fois sur l'exactitude des répliques, il n'est pas perdant dans l'aventure car toutes les facéties exécutées sont là pour divertir, amuser, faire rire ceux qui sont venus les applaudir. Alors non, la pièce n'est pas fidèle mais quelle grosse marade ! Comme elle devait l'être à son époque. Bravo les artistes !

2013_11_09b

Edit : j'avais oublié ! Cet article entre dans le cadre du théâtre challenge en scène 2013 organisé par Eimelle