2015_03_28

Machiavel. Qui n'a jamais entendu parlé de Machiavel ou de plans machiavéliques ? Personne ! Mais c'est qui ce Machiavel ? Jamais étudié à l'école, je me suis jamais intéressée non plus à la personne. Inculte que je suis, j'étais persuadée, un, qu'il était français, et deux, qu'il était un personnage ayant vécu au 18ème voire au 17ème tout au plus. Tout faux sur toute la ligne... me révélera Laurent Gutmann dans la présentation de son adaptation au théâtre d'une des lettres les plus connues (ah bon ?) de cet écrivain perfide et rusé, diplomate et très cultivé : Le prince (tous les hommes sont méchants), dédiée aux Médicis, par vengeance des tortures que cette famille lui ont infligées.

Non, le pouvoir n'a rien d'idéal, c'est une ténébreuse affaire dont on peut déchirer les rideaux. Non les hommes ne sont pas bons, mais méchants , changeants, ingrats, simulateurs et dissimulateurs, fuyards devant les périls, avides de gain. D'ailleurs, "ils oublient plus vite la mort d eleur père que la perte de leur patrimoine". Y a-t-il un prince pour les gouverner ? Ce n'est pas sûr, beaucoup d'éffondrements ont eu lieu, et une multitudes d'assassinats et de de pertes. Le prince vertueux est-il à l'abri ? Même pas, il lui faut sans cesse penser à la guerre, et "il est beaucoup plus sûr d'être craint que d'être aimé". Attention : il faut être craint sans être être méprisé ou haï.Un prince changeant, léger, efféminé, pusillanime, irrésolu, sera méprisé. Il se doit d'être grand, courageux, grave, fort. Il doit "apprendre à ne pas être bon" et "savoir entrer dans le mal si nécessaire". Cependant, le spectacle a ses lois et il lui faut en même temps afficher bonté, pitié, religiosité, fidélité, intégrité, humanité. Les hommes jugent avec leurs yeux, une vraie politique est donc une politique de masse : "le petit nombre n'a pas de place quand le grand nombre a de quoi s'appuyer". Le prince a-t-il des conseillers ? Son principal conseiller est lui-même. A-t-il des amis ? S'il a de bonnes armes, il aura de bons amis. Comble de l'art :" il faut nourrir habilement une inimitié pour l'écraser avec plus de grandeur". Excellent commentaire de Patrick Boucheron : "le prince fait le bien ou le mal, il fait bien ou mal ce qu'il a à faire".
Philippe  Sollers, Le Nouvel Observateur du 20 décembre 2012

Ca a une note très contemporaine tout ça non ? Les princes ont été remplacés par des présidents, des dictateurs, des directeurs mais les codes restent identiques quelques 500 ans plus tard. Ca fait un peu peur tout de même que l'Histoire se répète immuablement bien que la masse que représente le peuple s'évertue à essayer de faire avancer les choses. Dit comme ça, ça n'a pas l'air très engageant ce spectacle. Détrompez-vous ! Car c'est là qu'intervient le génie du metteur en scène... : transformer un texte glauque en une pièce presque comique. Les acteurs ne se contentent pas de lire les réflexions de Machiavel. Ils les mettent en application. Comment ? Par un jeu de rôle. Laurent Gutmann a eu la géniale idée d'exploiter les formations pôle emploi pour mettre en scène l'apprentissage du maniement du pouvoir par un prince. Briefing, mise en situation, debriefing sans oublier les pauses café et les inévitables interludes qui n'ont rien à voir avec la choucroute. Tout y est. Et on se marre. Comment faire autrement ? Le public, dans l'affaire, n'est pas en reste en étant témoin, pris à parti et acteur de ce scénario un peu hors du commun. Je ne saurais donc trop recommander ce remarquable spectacle envoyé par une équipe d'acteurs qui prennent leur rôle très à coeur. Dernière chose, on remarquera le fashion faux pas de Myriam avec son collant chair très clair. C'est pas moderne ! T'écoute pas Chistina ma chérie... Et oui, quand on est prince, le peuple regarde aussi ses tenues vestimentaires. Il se doit toujours d'être magnifique. Hey ! regarde Hollande et sa cravate de travers ;)

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