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24 mai 2004

Sous un soleil de plomb, vous venez de visiter une cité historique phare du nord Jordanien : Jerash. Gerasa pour les bibliques qui a vu un de ses habitants dépossédé de ses démons par la parole de Dieu. La ville, située sur la route des rois, construite sous Alexandre Le Grand, encore miraculeusement bien conservée de nos jours, a vu bien des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes battre ses pavés le long de ce défilé de colonnes qui prolonge la place ovale. Comme dirait l'autre, d'un ton théâtral, du haut de ces temples que ce soit celui de Zeus ou celui d'Artémis, plus de deux mille ans nous contemplent. Et elles ont du en voir, ces colonnes. A se demander comment elles ont fait pour tenir debout jusqu'à nos jours... Simplement grâce à la jointure entre les pierres qui leur donne de la flexibilité. Respect. Un kawa turc aromatisé à la cardamome plus tard, vous contemplez les magnifiques vestiges du théâtre sud. Un groupe folklorique en costume traditionnel a investi la scène et s'accorde pour les festivités de demain. Le 25, c'est la fête nationale. Welcome, welcome ! vous accueille-t-on chaleureusement lorsque l'on comprend que vous êtes française. Si vous êtes curieuse sur leur vie, leurs us et coutumes, leur pays, il en est de même de leur côté. La France ? Ils n'en connaissent pas grand chose à part que Chirac a refusé de rallier les rangs américains pour aller casser la gueule à leurs voisins irakiens. Si le président ne fait pas forcément l'unanimté parmi la population française, sa côte de popularité explose dans ce pays qui ne parle pourtant pas notre langue, popularité basée simplement sur le fait d'avoir dit merde aux soi disant preuves indéniables qu'Hussein aurait possédé des armes de destruction massive... Qu'il soit aussi aimé vous étonne et ce d'autant plus que son nom soit sur toutes les lèvres qu'ils s'agissent des adultes ou des enfants. Surtout un enfant. Ce petit garçon d'une huitaine d'année qui tend vers les rares visiteurs étrangers ses dépliants de cartes postales moches plus souvent qu'à leur tour et jaunies. Un dinar ? Deux dinars ? L'un ou l'autre, peut importe. Chirac a tout son respect, on l'aura compris mais ses grands yeux noirs se remplissent de mille étoiles lorsqu'il prononce le nom du deuxième français le plus connu dans le pays : Zidane. Apparemment son idole. D'ailleurs, comme vous êtes française, vous devez sûrement le connaître doit-il se dire dans sa petite tête en vous collant de force entre les mains son dépliant. Foutue barrière de la langue. Il ne parle pas anglais. Vous ne parlez pas arabe. Un peu plus loin, un homme a assisté à la scène et vous explique en anglais qu'il ne veut pas vous faire de la vente forcée. Non. Son dépliant, il vous le donne pour qu'à votre tour, vous le remettiez à Zinédine. Voyant que vous avez enfin compris la mission qu'il vous confie, son sourire s'illume et ses beaux yeux sont plein d'espoir... Combien lui en aura coûté ce geste sur son sans doute maigre salaire ?

Cette rencontre restera un des plus beaux souvenirs de ce séjour. Donc, en souvenir de ce petit garçon et de son innocence que seule l'enfance sait préserver et alors que le G20 se déroule en ce moment même, j'espère sincèrement, de tout mon coeur, que ceux qui se disent les grands de ce monde prendront la bonne décision pour les autres voisins, si peu fréquentables soient ils... Inch' Allah comme ils disent là-bas.

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