L'hiver est propice aux contes et aux légendes. Une jolie manière de replonger dans les croyances d'autrefois. Chaque région à ses propres histoires qui ouvrent  grands les yeux des enfants et laissent les petites filles bouches bées dès l'évocation d'une princesse ou d'une fée. Le parc naturel régional de Brière n'est pas l'exception qui confirmera la règle. Je m'en vais vous la conter...

... en fait nan... car je me souviens vaguement d'une histoire de fée blanche mais je ne sais plus si elle est à l'origine de tout ce tintouin ou si elle s'ennuyait ferme, errant seule d'île en île vaguement accompagnée de farfadets sans doute hyper joueurs et un tantinet simplets qu'elle décida du coup d'inventer le briéron. Je vous passe le il était une fois... hein, ça m'évitera de vous raconter des conneries ! Donc, nous traversons le temps pour nous retrouver direct fin 19ème.

Là, le briéron des îles (à ne surtout pas confondre avec le briéron des terres ! Rrrrrrrrrrien à voir !!!) et sa briéronne, heureux, heureux qu'ils sont dans leur chaumière vivant d'amour et d'eau fraîche ... ou presque ! Figurez-vous qu'un briéron est un sacré veinard. La fée blanche, dans sa grande bonté, a mis à sa disposition tout ce dont il a besoin pour vivre en total autarcie sans être emmerdé par ces "estrangers" ... ce qui ne sera plus le cas quelques décennies plus tard. La nature de cette fin de siècle lui permet de construire sa maison grâce aux pierres, au chaume qui vient la recouvrir et au morta (arbres fossilisés témoin de l'existence d'une forêt trépassée par un raz de marée à l'origine de la création du marécage) dur comme de la pierre pour les linteaux, voir la charpente. La motte, vulgairement appelée tourbe par les touristes, est un combustible tout trouvé pour le chauffer quoique dégageant beaucoup de fumée et peu de chaleur. Sa coupe est un dur labeur... Ce bon duc de Bretagne, François II, a eu la riche idée de donner à ses aïeules SON marais de Brière (devait lui coûter plus qu'il ne lui rapportait...) en indivision. Il peut ainsi, tous les ans, vers le 15 août, affublé de la mariée et des mignons aller faire la provision de motte pour l'année et en couper un peu plus pour la vendre à la capitale en remontant la Loire. Fin limier et bon braconnier, la chasse et la pêche remplissent ses musettes quand la mariée cultive un bout de levée et s'occupe de la vache quand celle-ci n'est pas menée en champ.

Ah la mariée... Il la revoit encore rougissante et jolie comme un cœur dans sa belle robe, la couronne de fleurs d'oranger, fleuron de l'artisanat de l'île (paraîtrait même que celles ornant le bouquet d'une reine d'Angleterre ont été faites dans les ateliers briérons !), sur le haut de son crâne retenant son voile. Une belle noce assurément. Un mardi comme à l'accoutumée, pour sûr ! Le vendredi, pas possible : pas de viande en souvenir de la souffrance de notre Seigneur. Le samedi, pas possible non plus : demain c'est dimanche donc pas le droit de travailler, ni de faire quoi que ce soit qu'à dit notre Seigneur. Alors pour le retour... Le dimanche, pas possible, on vous a dit ! Vous êtes têtus vous, nan ? Le lundi, il faut commencer à préparer les noces : plumer les poulets, cuire les œufs et la porée. Le mardi : monsieur le curé et monsieur le maire, le repas et le foulage de la terre de la maison au son de l'accordéon. Le coussin rouge sous le globe commandé par la mariée attend avec impatience que la couronne vienne y trôner au milieu de la multitude de miroirs, de feuilles dorées et autres babioles qui viendront par la suite retranscrire l'histoire de la famille. A voir si les symboles de ce globe représenteront bien le ménage tel qu'elle l'a envisagé...

Sur le buffet, le vieux globe doit à présent partager sa place avec un tout nouveau tout neuf. Plus de couronne mais une véritable corne d'abondance : 5 cerises rappellent à la vieille dame ses 50 dernières années passées à côté du père. Les grains composants les grappes de raisins noirs et blancs chavirent son cœur de mère, témoins de tous ces mignons enfantés dans la douleur devenus grands. La plus part vit sur l'île mais d'autres ont préféré partir à la ville. Plus pratique pour aller travailler. Il y a pourtant le tortillard pour les emmener aux chantiers... Les chantiers ont déserté eux aussi les bords du Brivet pour s'installer en bord de Loire ou les coquilles de noix se sont muées en monstres de fer. Fiers de leur succès, leur chantier s'est bien entendu agrandi demandant de plus en plus de main d'œuvre. Les "estrangers" ont alors commencé à affluer, grignotant petit à petit du terrain. Non contents de leur avoir voler leur chantier, il faut maintenant qu'ils s'en prennent à leur marais. Si le grand-père voyait ça... nous aurions encore le droit à un "qui c'est ti qu'c'ti lâ ?" grommelé dans le dos de la grand-mère planquée derrière sa porte, un coin du rideau relevé pour mieux voir l'inconnu remonté la route du milieu !

         

Si vous voulez en savoir un peu plus sur les globes de mariée, je vous conseille d'aller flâner . Vous pouvez également aller voir l'exposition permanente assez impressionnante à La Maison de la Mariée. L'histoire de la formation de la Brière ainsi que la culture et les traditions bièronnes sont très bien présentées à La Maison de l'Eclusier. De nombreuses balades en chaland (nom des barques en bois traditionnelles autrefois fabriquées, entre autres, dans les chantiers du Brivet) sont également proposées à la Maison d'accueil. Pour vous restaurer sur les îles, je vous conseille La mare aux oiseaux mais attention au délestage de la bourse ;) Ca c'est pour le couvert ! Et pour le gîte, je vous conseille celui-là qui est tout à fait charmant. Je vous souhaite un agréable séjour !